À la Lueur du Noir

Dates
Vernissage
Adresse
Artistes
08/09/2016 – 30/09/2016
08/09/2016 18h-21h
Galerie Liusa Wang (15 boulevard Saint-Germain 75005 Paris)

 

Imaginez-vous une telle peinture : qu’elle ne recoure pas aux brosses ; qu’elle se débarrasse de la couleur ; elle ne dépend plus du symbole et elle annule toute tentative fictionnelle. Elle fabrique des images qui se ressemblent de loin et pourtant s’éloignent l’une de l’autre de plus près. Elle se déploie devant vous comme un monde de matrice en train de se matérialiser. Calculé, exact, rationné – un espace programmé par des milliers d’algorithmes qui induiront les spectateurs dans un labyrinthe visuel, impossible à déchiffrer sans aller au-delà de la réalité immédiate.

Voici la peinture de PAN Xiaorong – jeune artiste chinois de l’art néo-abstrait, qui avait passé six ans et demi, en tant qu’assistant, dans l’atelier de DING Yi – précurseur de la peinture abstraite chinoise d’une réputation internationale. Cette expérience d’apprentissage lui étant chère et inspirante, le jeune peintre substitue le burin au pinceau pour construire un langage visuel tout particulier : ascétique, austère et mesuré, de multiples variations logiques se trouvent minutieusement déployer à l’intérieur d’un monochrome absolu, mettant en œuvre un jeu de pure géométrie, d’alignement et de composition spatiale.

Ancre, burin, carton ; teindre, creuser, dépouiller – c’est dans un rythme quasi mécanique que la « peinture » de PAN Xiaorong s’approche de sa propre frontière et qu’une recherche esthétique sur le concept de « peindre » sera remise en place : dans ces couplages variés des points-lignes configurés par les règles et couteaux, un espace spirituel s’y trouve incarner de manière méthodique et solennelle.

La toile de PAN est pourtant éclairée par la lueur des inattendus et des inconnus, bien que chaque élément représenté semble, à première vue, soumis à une ordonnance définie. Chaque fibre résiste, de sa propre manière, à l’envahissement de l’ancre ou bien au contraire l’embrasse tandis que chaque rayure laissée constitue la mémoire d’un détachement matériel. C’est une infinité créatrice qui se cache derrière le tableau de PAN, comme celle que l’on peut tirer de la géométrie fractale. Cette peinture « dure » et « sure » se voit ainsi percer et adoucir par la spontanéité et la contingence du détail, et ce monde d’apparence inhumaine se dotera éventuellement la lueur humaine. Aucune tentative de reproduction ne sera possible face à son art où se mêlent le prévu et l’imprévu.

Si tous les artistes contemporains sont à la recherche d’une voie qui mène à la nature de la peinture, PAN Xiaorong l’a trouvée par la contourner ingénieusement : il invente son propre geste de peindre pour s’y jeter complètement. Un geste de grande patience et d’incroyable autodiscipline. Avec l’aspect matériel et méthodologique mis au premier plan, les interrogations ontologiques sur la peinture se dissoudront dans son travail de repli où les formes ne cessent de paraître, de disparaître et d’étinceler. PAN Xiaorong réécrit la possibilité de la peinture d’une manière discrète et assurée, faisant de son art une expérience méditative de mouvance et de vertige.