Do not go gentle into that soft world

Dates
Vernissage
Adresse
Artistes
12/01/2017 – 23/02/2017  
12/01/2017  18h-21h
Galerie Liusa Wang (15 boulevard Saint-Germain 75005 Paris)

WANG Peiqi, jeune artiste d’avant-garde chinois, né en 1991 au province du Hubei, diplômé en 2015 à l’Institut des Beaux-Arts de Sichuan.

Pour WANG Peiqi, le monde de nos jours s’enroule dans une immensité des spectacles et il n’y qu’une mince feuille d’écran située entre le vrai et l’illusion. Le paysage projeté sur ce mur écran, dépourvu de sa matérialité, devient ainsi un néant spectaculaire. Nous voici l’époque où le champ visuel s’alimente par des milliers d’algorithmes invisibles. Feuerbach nous a dévoilé il y a une centaine d’années ce monde qui « préfère l’image à la chose, la copie à l’original, la représentation à la réalité, l’apparence à l’être », les œuvres de WANG trouvent son racine dans ce plaisir d’illusion, de l’apparence qui enveloppe le réel comme une cellophane douce et séduisante.

Qu’y a-t-il au dos de l’image? La question se posera physiquement et métaphysiquement. La réponse de l’artiste se réside en premier temps au plan physique – autrement dit, dans sa propre manière de peindre : WANG Peiqi peint avec de l’acrylique sur le plexiglas. Il peint ce qui nous est familier de nos vies : le parc, la piscine, la fenêtre, le bâtiment… il peint des images exquises apprivoisées par la logique humaine afin de nous en montrer le dos – le chaos naturel, la complexité, la texture de peintures, l’enchevêtrement des touches derrière l’image vue : le réveil de « matière ». Pour l’artiste, le magnifique « dos » de l’image est en train de disparaître – tué par cet âge de LCD, de l’affichage électronique et de l’impression numérique. Le monde se réduit à sa « façade » virtuelle qui ne sera qu’un trompe-l’œil.

Qu’y a-t-il derrière l’image ? La deuxième réponse de WANG Peiqi est du côté métaphysique. Inspiré par la fameuse conception de « société du spectacle » de Guy Debord, l’art de WANG Peiqi tourne autour d’une discussion inlassable sur la fausseté, l’illusion et le fétichisme marchandise – tirer le rideau de ce « image-monde » qui nous enchante par sa douceur. L’artiste revêt ce qu’il met en scène d’une légère étrangeté : découpé, figé, géométrisé – le monde matériel se transforme donc en une suite de signes où régnera un silence étouffant et inquiétant.

Les œuvres de WANG Peiqi sont toujours conçues et exécutés avec une grande exactitude et rigueur, sous un esprit de rationalité et de scientificité. Sa maîtrise de la technique d’estampe, sa sensibilité envers la matière de peinture ainsi que son enquête sur la réalité du visuel remettent en question le motif de « regard » qui hante la peinture depuis sa naissance. Le moment où on regarde les œuvres de WANG à travers les médias contemporains, nous tomberons dans une « mise en abyme » : cette dépendance paresseuse que crée la plate-forme virtuelle est exactement l’acte qu’il critique à travers ses images coincées dans la boîte de plexi.

À travers son art, l’artiste souhaite poétiquement capturer « toutes les couleurs de la nuit » : restaurer l’élasticité et l’expressivité de l’image pour que notre expérience esthétique du regard se varie en fonction de la distance. À partir de l’image figurative que cherche spontanément l’œil empirique, passant par l’abstrait infini au sein de la Nature, pour qu’émerge la nouvelle visibilité – derrière cette illusion joyeuse que le monde donne à voir, le vrai monde même reste toujours à être redécouvert, tout comme Pascal Quignard nous a dit dans L’Ombre errante : derrière le monde visible, il y a monde.