La Peinture Sillonnée

Dates
Vernissage
Adresse
Artistes
15.09.2017-26.10.2017
15.09.2017
Galerie Liusa Wang

La scène quotidienne que SUN Jinglin dépeint avec des couleurs froides se dote toujours d’une solennité indicible. La perception du monde ainsi que l’expérience vitale se trouvent condensées dans ses œuvres nées au croisement de multiples matériaux et techniques : un oiseau solitaire se perche sur les branches hivernales, l’ombre pâle d’une montagne lointaine, la silhouette d’un laboureur au champ printanier… lavage, pêche, rafting – toutes ces scènes un peu folkloriques, dont la sérénité et le dépouillement nous évoquent la peinture de Morandi, se figent dans un silence reculé.

SUN Jinglin, née en 1989 à Shandong et diplômé en peinture murale à l’Académie centrale des Beaux-Arts de Chine. La préférence de l’artiste pour le bois remonte jusqu’à son enfance passée dans une communauté collective d’approvisionnement et de marketing, où milliers d’étagères et des stockages en bois l’ont marqué l’esprit. Ces petites boîtes en bois, éliminées à la fin de cette période particulière de l’histoire chinoise, deviennent plus tard pierre angulaire de son chemin artistique qui cherche à explorer la complexité conceptuelle de l’« espace ». Les motifs simples que l’artiste fait croiser, circuler, élargir et enfin disperser tressent une texture serrée et minutieuse pour son image : une fragmentation du quotidien, une analyse subtile d’un geste humain, un paysage réaliste déréalisé par des motifs abstraits juxtaposés…la confrontation des éléments hétérogènes infuse des petites obscurités à sa toile limpide en apparence.

L’espace narratif se trouve ainsi ciselé par l’artiste de manière qu’il nomme « dispersive » : que l’observation et l’émotion s’affinent et s’aiguisent pendant une répétition créative. L’artiste pratique de jour en jour une décomposition et une reconstruction des symboles visuels afin d’atteindre une simplicité hautement synthétique. SUN Jinglin considère son œuvre comme une partie d’échecs où chaque élément – couleurs, matériaux même présentation – s’imbrique et se tient dans une ambiguïté et une incertitude envoutante. Cette création fine et savante correspond au tempérament de l’artiste lui-même aussi bien qu’à ses études de peinture murale. SUN Jinglin a plaisir d’appliquer « Lifen » – poudre minérale colorée dont la peinture murale orientale se sert depuis des siècles pour décorer les bijoux du bouddha – à sa propre création contemporaine, découvrant dans la superposition et le croisement des lignes peintes par « Lifen » des espaces et des formes inouïs. C’est un champ visuel soigneusement sillonné que l’artiste cache derrière son image dépouillée, une route frayée pendant des milliers d’essais et de tâtonnements, menant à une destination encore inconnue.

Découlés silencieusement vers l’infini, les flots silencieux que l’artiste compose avec des figures sans visage et des paysages solitaires nous emportent. Que les hommes retournent de nouveau vers la terre et la rivière. Toutes ces « éternités en un seul jour », rapprochent la solitude de l’individu de celle de la nature, la mémoire de l’Histoire. Ainsi se déploie-t-il devant nous ce qui nous rappelle de l’esthétique vitale de Bergson où la vraie expérience que l’on fait de chaque l’instant de la vie deviendra une « durée » inséparable, une durée que l’on nommera le Temps.