Le 园

Dates
Vernissage
Adresse
Artistes
15.03.2018 – 26.04.2018
15.03.2018
Galerie Liusa Wang
Des rehauts de couleurs au coin d’une rue, des pièces de Lego dans le paysage urbain qui viennent combler les brèches des murs de la ville : c’est l’invention poétique de Jan Vormann à l’origine du projet “Dispatchwork”. Ces interventions ludiques dans l’espace public ont permis de connecter des publics au-delà des frontières, aux quatre coins du monde. Depuis Barcelone jusqu’à Tel Aviv, en passant par Taiwan, les participants sont toujours de plus en plus nombreux à se prêter à ce jeu sans limite.Intrigué par la légende de la Tour de Babel, Jan souhaite que les visiteurs entrent dans la galerie comme on entrerait dans une tour.

Le processus de découverte et d’observation des œuvres créé une connexion momentanée entre les visiteurs. Dans une perspective plus large, c’est une métaphore pour le grand village globalisé dans lequel nous vivons. Nous partageons, à l’échelle mondiale, un espace géographique, de l’information, des biens de consommation. L’artiste reste sceptique au sujet du future et de notre destin commun.Le 园” est un homonyme de “乐园“, qui signifie « pays des merveilles » en chinois. “Le” peut aussi être entendu comme article défini masculin singulier en français, ôtant alors au titre son caractère fantastique.

“Aussi, 园 peut aussi être employé pour “家园”, terre natale. Les interprétations possibles sont nombreuses pour ce signe chinois et ce choix reflète le travail nuancé de l’artiste. Jan Vormann utilise comme matériau de construction des Lego colorés pour colmater les brèches dans les murs. Mais les pièces ne sont pas intégrées de façon pérenne. La construction commune serait-elle une simple tentative comme celle de la Tour de Babel ?

Sous l’une de ses formes, le travail de Jan recèle une touche d’innocence qui laisse transparaître une nostalgie sous-jacente. D’un autre côté, l’artiste est bien conscient des limites de ce jeu auquel il nous invite à prendre part. Selon ses propres mots “rien ne peut échapper à la possibilité du rire et rien n’est à banaliser”. Cette contradiction délicate fait écho à la question philosophique que pose Milan Kundera dans son ouvrage au titre évocateur, l’Insoutenable légèreté de l’être.

Dans ce pays des merveilles, si nous sommes de simples passants, alors il n’y a pas de réelles conséquences. Ainsi, la légèreté existe par notre impuissance face à la fatalité, mais aussi dans le nihilisme de l’existence-même.

Des plaques de cuivre couvertes d’empreintes de bulles de savon, des instants fugaces, comme la trace d’existences éphémères, multiples et parallèles. Les propositions de l’artiste laissent aux publics le choix d’une interprétation en fonction de leurs inclinations. Selon certains, la Tour de Babel est tout à la fois un lieu merveilleux et une voie d’accession au ciel.

Mais la volonté individuelle induit un renoncement à un pouvoir supérieur, un “dieu”. « Le 园 » inventé par l’artiste est peut-être ce Jardin d’Éden à la merci de ce dieu. Ou bien encore, serait-ce le désir de progrès ? Si la poursuite d’une utopie symbolise en soi nos espoirs et nos rêves, les moments de transitions ne sauraient être pris trop au sérieux. Le travail de Jan comprend ce paradoxe. Ces moments sont un interlude en rupture avec la médiocrité du quotidien en même temps qu’une rémanence de notre regard d’enfant et une image possible d’un futur commun.