Le vent du nord-ouest se lèvera demain

Dates
Vernissage
Adresse
Artistes
09.11.2017 - 30.12.2017
09.11.2017
Galerie Liusa Wang
Que le divertissement précède le sens, dit ZHAO Yanbin. Le jeune artiste a grandi dans une petite ville provençale de Chine. Il se pose alors la question qui passionne presque tous les petits garçons de l’école : à quoi ressemblent les toilettes des filles ? Il en peint de nombreux et grands modèles, avec toutes les anecdotes et secrets qui s’y passent. Il a aussi peint toutes les scènes qui se passent au sein des toilettes des garçons, qui intéressent néanmoins peu les fillettes.

Cet élève malicieux d’hier est aujourd’hui diplômé de l’école des beaux-arts la plus prestigieuse de Chine. Il porte son regard vers son palais d’autrefois: la petite école provençale. Là se côtoient nature et discipline, innocence et malice, la grande section et ses sept cents écoliers qui s’ennuient en cours. Les enfants inventent à la dérobée leurs petites histoires, sous le regard d’Einstein, de Marie Curie, de Mao, des portraits de tous ces grands hommes accrochés dans chaque école du pays.

Ce petit garçon qui séchait souvent les cours pour admirer le paysage au-delà de l’école, aura bientôt sa première exposition à Paris. Son père, à l’autre bout du monde dans une petite commune du Henan, nourrit sa famille et conduit sa petite camionnette.

Il ne comprend rien de ces étranges créations artistiques qui occupent tant son fils, mais cela ne l’empêche pas d’annoncer fièrement à ses voisins que son fils est en train de faire un petit film que l’on exposera à l’étranger. Il ignore encore qu’il deviendra le héros de ce petit film.

Ce petit garçon espiègle passionné par le griffonnage sur les bancs des cours de récréation, amène à Paris quatre vieux pupitres pour leur redonner vie. Ce sont alors tous les souvenirs d’école qui font surface : les slogans, les tableaux noirs, les graffitis, même la musique de gymnastique matinale.

Mais les enfants ne sont plus là, les jeunes premiers photographiés devant la façade décorée arborant leur diplôme et le vent derrière eux – eux, ils ne sont plus là.

« Tu n’auras que le vent du nord-ouest à boire demain si tu n’étudies pas bien aujourd’hui », cette instruction est gravée dans le cœur de chaque enfant chinois. Ce vent du nord-ouest devient aujourd’hui le tapis volant de l’artiste, l’emportant vers un nouvel horizon.

Ce petit Nicolas chinois qui avait toujours mal à la tête à la vue d’un livre, est devenu aujourd’hui un véritable romancier grâce à son pinceau. Il réveille l’enfant terrible en nous, rallumant le feu aux cendres de nos années mortes, donnant la parole au temps et aux histoires qu’il à créées, comme une ruine peut témoigner de l’Histoire.

Les mémoires culturelles, les méandres historiques, les destins insaisissables – tout ne sera qu’une poignée de terre dans cette salle de classe enfin désertée. Les enfants franchissent finalement le mur de l’école, devenant prisonniers d’un beaucoup plus grand monde.

Les petits enfants-voyeurs derrière les portes entrouvertes dans ses toiles, ouvrent les fissures du temps : le passé lointain, l’avenir inconnu, l’insouciance et l’inquiétude s’y croisent. Nous nous penchons de nouveau vers le « nous » d’antan, le « nous » qui regardaient le ciel nuageux au-delà du mur, en pensant : Demain, quel vent nous emportera ?